Salon des Vignerons à Olne - Belgique

 

Samedi 31 mars et Dimanche 1er avril 2012

 

 

   

Château du Champ des Treilles »

 

 

Corinne COMME

www.champdestreilles.com/

http://champdestreilles.over-blog.com/

 

Bordeaux

Le Petit Champ, 33220 MARGUERON

 

Appellation : Saint-Foy Bordeaux

 

Biodynamie certifiée par ECOCERT - Vinification en levures indigènes

 

 

Corinne et Jean-Michel Comme reprennent  le domaine familiale en 1998 car le vignoble était fait de vieux ceps et surtout avait une forte densité de plantation pour le Bordelais. Au même moment, ils prennent conscience que tout était beaucoup plus subtile et complexe que ce qui était enseigné à l’école. La biodynamie s’est imposée à ces vignerons comme la meilleure solution pour le respect de la vie, des sols, de la nature, des cycles et des hommes. C’est un retour au « bon sens » qui leur a permis de bannir tout geste inutile ou violent comme l’écimage, l’effeuillage ou les vendanges vertes. Ne cédant pas à la dictature du Merlot, ils ont aussi misé sur le Petit-Verdot, cépage Médocain qui donne d’excellents résultats dans ces sols argilo-calcaires. En 2003, ils ont aussi sur-greffé une parcelle de Sémillon en Muscadelle car ils n’avaient pas ce cépage blanc. La Muscadelle est un cépage réputé difficile, mais qui cultivé avec de l’amour et de la volonté donne des vins magnifiques. Le vignoble compte donc maintenant 7 cépages pour 10 ha ! Depuis 2001, l’accent est mis sur l’augmentation de la densité de plantation  pour atteindre 10000 pieds par ha. Ce système de conduite est de loin le plus onéreux mais aussi le plus abouti en ce qui concerne la colonisation racinaire, la répartition de grappes, leur exposition au soleil… Les vendanges se font manuellement, en cagettes. Ils ont au chai la même philosophie qu’à la vigne : douceur et respect des terroirs. Les vinifications se déroulent sans levures exogènes, guidées par le caractère de chaque cuve. Leur vœu est que le buveur ait le même plaisir à la dégustation du vin qu’ils en ont eu à le produire.

 


Entretien avec Corinne Comme

 

Pour commencer, qu’est-ce qui vous a décidé à vous inscrire à notre salon ?

La possibilité de rencontrer des amateurs de vin qui partagent les mêmes valeurs que moi, qu'ils soient producteurs ou consommateurs.

 

Qu’est-ce que pour vous un vin de qualité ?

Avant tout, un vin de qualité est un vin qui contente celui qui le boit.

 

Que pensez-vous de l’envol des prix des vins sur la place de Bordeaux ces dernières années ?

C'est une réalité qui ne concerne que quelques petits % de la production bordelaise. Il convient donc de relativiser les choses. Cependant, je pense avoir la possibilité de regarder la situation des deux "côtés" par la position qu'occupe mon mari. Il y a un caractère rare des grands vins de Bordeaux qui les rend chers. Par ailleurs, produire ces vins-là coûte aussi très cher. Ils représentent aussi une vitrine internationale pour la région qui est connue surtout grâce à eux.

 

Comment qualifieriez-vous les vins de votre production ?

Mes vins me ressemblent. Ils sont sincères et passionnés ; parfois même un peu réservés au premier contact … mais ils s'ouvrent très vite.

 

« La terre ne nous appartient pas, ce sont nos enfants qui nous la prêtent », que vous inspire cette phrase ?

C'est malheureusement vrai car la gestion que nous en avons ne permettra pas aux générations futures d'en profiter. Nos sociétés "modernes" se comportent plus mal qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine. Au moins, l'éléphant n'a lui aucune prétention visant à donner des leçons aux autres. Je suis convaincue que la viticulture et l'agriculture au sens large ne sont pas transposables dans l'avenir. Il faut changer les méthodes de travail si on veut continuer d'exister.

 

La culture biologique et la biodynamie, comment en êtes-vous arrivé à cette réflexion ? Est-ce pour vous une contrainte de marché ou vous ne vous fiez qu’à vos convictions ?

C'est pour mon mari et moi, le fruit d'une évolution intellectuelle de plusieurs années. C'est par étapes que la biodynamie s'est imposée à nous. Mais il s'agit avant tout d'une vraie philosophie de vie. Choisir cette voie pour des questions commerciales est voué à l'échec tant les contraintes sont importantes par moment et nécessitent de vrais convictions pour y faire face.

 

Vins conventionnels, bio, naturels… où vous situez-vous parmi ces tendances ? Quelle est la vraie définition de chacun de ces vins?

Je pense que tous les vins devraient être produits sans pesticides. Mes vins sont bio au sens de la loi. Sont-ils naturels? C'est une grande question.

 

Quelles sont vos réactions par rapport à la presse en général qui voit dans les vins bios, naturels ou sans soufre un effet de mode et qui remettent en cause les méthodes employées par les viticulteurs « bios » pour lutter contre les maladies ?

Dans tous les cas, il faut garder la raison. Le viticulteur bio qui est sincère dans ses convictions n'a que faire de ce débat sans fin. Un vin doit avant tout être bon pour être apprécié. Donc un vin sans soufre qui n'est pas bon n'a pas sa place. Par ailleurs, on connait la puissance du lobby "chimique" pour dénigrer la production bio. Le plus grave vient du fait que très souvent, les officiels eux-mêmes (administrations, interprofessions, système éducatif…) dénigrent la production bio alors qu'ils devraient être les relais du pouvoir politique pour développer ce mode de production plébiscité par le public.

 

Avec qui avez-vous des affinités parmi les vignerons présents au salon ? Partagent-ils la même vision que vous du vin et des méthodes de culture et de vinification ?

Nous avons beaucoup d’affinités avec la maison Cosse-Maisonneuve.

 

En quoi les méthodes « bios » peuvent-elles apporter une solution à la crise que subit actuellement le vignoble français ?

Ce n'est pas le fait d'être en bio qui me permet de surmonter la crise. Mais le bio fait partie d'un raisonnement beaucoup plus large qui permet le respect du sol et de la plante pour une meilleure qualité des vins, pas seulement au niveau gustatif, mais aussi digestif.

 

Terroir et vins de terroir, des notions peu compréhensibles pour la plupart des amateurs de vins. Pouvez-vous nous en parler brièvement ? Comment faites-vous pour retranscrire l’expression de chaque terroir dans le verre ?

Que veut dire "vin de terroir"? Tout vin est marqué par le terroir qui l'a vu naître, qu'il soit "bon" ou "mauvais". Certaines conditions sont plus adaptées que d'autres à la production de vins de qualité. La première chose à faire est d'essayer de comprendre son terroir, c'est-à-dire d'observer finement le comportement du sol dans différentes conditions. Pour cela, il faut être présent dans les vignes, mais aussi être ouvert sur l'extérieur, mais pas seulement par la vue. Tous les autres sens doivent être sollicités. Ensuite, il n'y a rien à faire ou presque. Il faut agir avec douceur et sobriété, c'est-à-dire le moins possible. C'est là que le terroir s'exprime le mieux.

 

Justement, pensez-vous que l’on puisse faire un grand vin partout ? A quel prix ?

Non, un grand vin est l'apanage d'un grand terroir. On peut faire des "bons vins" dans beaucoup d'endroits. Pour un grand vin, c'est beaucoup plus restrictif. Mais avec un grand terroir, il faut aussi beaucoup de travail pour produire un grand vin. Un grand vin est un peu comme un grand sportif ; par exemple un marathonien. Il n'est pas trop difficile de courir un marathon en 4 heures. Certains y arrivent pratiquement sans effort car ils ont une sorte de prédisposition pour la course ; d'autres doivent au contraire déployer beaucoup d'énergie pour ce résultat. Pour atteindre 3 heures 30, il faut dans tous les cas plus d'effort. Certains n'y arrivent jamais malgré beaucoup de persévérance. Par contre, pour flirter avec les 2 heures 30, il faut avant tout une vraie disposition génétique et beaucoup de travail. Vous l'avez compris, le vin moyen est le marathonien – 4 heures. Le bon vin est le marathonien – 3 heures 30. Par contre, le grand vin est le marathonien -2 heures 30; dans ce cas, il n'y a que peu d'élus!

 

Pour terminer, quel est le vin que vous ayez dégusté qui vous a procuré le plus de plaisir ? Etait-ce un vin « conventionnel » ou « bio » ?

Ma plus grande émotion est venue lors de la dégustation d’un Pontet-Canet 1929. Outre la qualité impressionnante du vin, je n’ai pu m’empêcher de penser à l’évolution de ce domaine depuis cette époque, ainsi qu’aux personnes qui ont contribué de façon anonyme à l’élaborer et qui ne sont plus là depuis longtemps. La bouteille issue du caveau du château n’avait pas bougé de la pièce depuis le début des années 30 ! Que de changements, à commencer par une guerre mondiale !

 

15/02/2008