Château du Champ des Treilles »
Corinne COMME
www.champdestreilles.com/
http://champdestreilles.over-blog.com/
Bordeaux
Le
Petit Champ, 33220 MARGUERON
Appellation : Saint-Foy
Bordeaux
Biodynamie certifiée par ECOCERT -
Vinification en levures indigènes
Corinne et Jean-Michel Comme reprennent
le domaine familiale en 1998 car le vignoble était fait de vieux ceps et
surtout avait une forte densité de plantation pour le Bordelais. Au même
moment, ils prennent conscience que tout était beaucoup plus subtile et
complexe que ce qui était enseigné à l’école. La biodynamie s’est imposée
à ces vignerons comme la meilleure solution pour le respect de la vie, des
sols, de la nature, des cycles et des hommes. C’est un retour au « bon
sens » qui leur a permis de bannir tout geste inutile ou violent comme
l’écimage, l’effeuillage ou les vendanges vertes. Ne cédant pas à la
dictature du Merlot, ils ont aussi misé sur le Petit-Verdot, cépage Médocain
qui donne d’excellents résultats dans ces sols argilo-calcaires. En 2003, ils
ont aussi sur-greffé une parcelle de Sémillon en Muscadelle car ils
n’avaient pas ce cépage blanc. La Muscadelle est un cépage réputé
difficile, mais qui cultivé avec de l’amour et de la volonté donne des vins
magnifiques. Le vignoble compte donc maintenant 7 cépages pour 10 ha !
Depuis 2001, l’accent est mis sur l’augmentation de la densité de
plantation pour atteindre 10000 pieds par ha. Ce système de conduite est
de loin le plus onéreux mais aussi le plus abouti en ce qui concerne la
colonisation racinaire, la répartition de grappes, leur exposition au soleil…
Les vendanges se font manuellement, en cagettes. Ils ont au chai la même
philosophie qu’à la vigne : douceur et respect des terroirs. Les
vinifications se déroulent sans levures exogènes, guidées par le caractère
de chaque cuve. Leur vœu est que le buveur ait le même plaisir à la dégustation
du vin qu’ils en ont eu à le produire.
Entretien avec Corinne Comme
Pour commencer, qu’est-ce qui vous a décidé
à vous inscrire à notre salon ?
La possibilité de rencontrer des amateurs
de vin qui partagent les mêmes valeurs que moi, qu'ils soient producteurs ou
consommateurs.
Qu’est-ce que pour vous un vin de
qualité ?
Avant tout, un vin de qualité est un vin
qui contente celui qui le boit.
Que pensez-vous de l’envol des prix
des vins sur la place de Bordeaux ces dernières années ?
C'est une réalité qui ne concerne que
quelques petits % de la production bordelaise. Il convient donc de relativiser
les choses. Cependant, je pense avoir la possibilité de regarder la situation
des deux "côtés" par la position qu'occupe mon mari. Il y a un
caractère rare des grands vins de Bordeaux qui les rend chers. Par ailleurs,
produire ces vins-là coûte aussi très cher. Ils représentent aussi une
vitrine internationale pour la région qui est connue surtout grâce à eux.
Comment qualifieriez-vous les vins de
votre production ?
Mes vins me ressemblent. Ils sont sincères
et passionnés ; parfois même un peu réservés au premier contact … mais ils
s'ouvrent très vite.
« La terre ne nous appartient pas, ce
sont nos enfants qui nous la prêtent », que vous inspire cette phrase ?
C'est malheureusement vrai car la gestion
que nous en avons ne permettra pas aux générations futures d'en profiter. Nos
sociétés "modernes" se comportent plus mal qu'un éléphant dans un
magasin de porcelaine. Au moins, l'éléphant n'a lui aucune prétention visant
à donner des leçons aux autres. Je suis convaincue que la viticulture et
l'agriculture au sens large ne sont pas transposables dans l'avenir. Il faut
changer les méthodes de travail si on veut continuer d'exister.
La culture biologique et la biodynamie,
comment en êtes-vous arrivé à cette réflexion ? Est-ce pour vous une
contrainte de marché ou vous ne vous fiez qu’à vos convictions ?
C'est pour mon mari et moi, le fruit d'une
évolution intellectuelle de plusieurs années. C'est par étapes que la
biodynamie s'est imposée à nous. Mais il s'agit avant tout d'une vraie
philosophie de vie. Choisir cette voie pour des questions commerciales est voué
à l'échec tant les contraintes sont importantes par moment et nécessitent de
vrais convictions pour y faire face.
Vins conventionnels, bio, naturels… où
vous situez-vous parmi ces tendances ? Quelle est la vraie définition de
chacun de ces vins?
Je pense que tous les vins devraient être
produits sans pesticides. Mes vins sont bio au sens de la loi. Sont-ils
naturels? C'est une grande question.
Quelles sont vos réactions par rapport
à la presse en général qui voit dans les vins bios, naturels ou sans soufre
un effet de mode et qui remettent en cause les méthodes employées par les
viticulteurs « bios » pour lutter contre les maladies ?
Dans tous les cas, il faut garder la
raison. Le viticulteur bio qui est sincère dans ses convictions n'a que faire
de ce débat sans fin. Un vin doit avant tout être bon pour être apprécié.
Donc un vin sans soufre qui n'est pas bon n'a pas sa place. Par ailleurs, on
connait la puissance du lobby "chimique" pour dénigrer la production
bio. Le plus grave vient du fait que très souvent, les officiels eux-mêmes
(administrations, interprofessions, système éducatif…) dénigrent la
production bio alors qu'ils devraient être les relais du pouvoir politique pour
développer ce mode de production plébiscité par le public.
Avec qui avez-vous des affinités parmi
les vignerons présents au salon ? Partagent-ils la même vision que vous
du vin et des méthodes de culture et de vinification ?
Nous avons beaucoup d’affinités avec la
maison Cosse-Maisonneuve.
En quoi les méthodes « bios »
peuvent-elles apporter une solution à la crise que subit actuellement le
vignoble français ?
Ce n'est pas le fait d'être en bio qui me
permet de surmonter la crise. Mais le bio fait partie d'un raisonnement beaucoup
plus large qui permet le respect du sol et de la plante pour une meilleure
qualité des vins, pas seulement au niveau gustatif, mais aussi digestif.
Terroir et vins de terroir, des notions
peu compréhensibles pour la plupart des amateurs de vins. Pouvez-vous nous en
parler brièvement ? Comment faites-vous pour retranscrire l’expression
de chaque terroir dans le verre ?
Que veut dire "vin de terroir"?
Tout vin est marqué par le terroir qui l'a vu naître, qu'il soit
"bon" ou "mauvais". Certaines conditions sont plus adaptées
que d'autres à la production de vins de qualité. La première chose à faire
est d'essayer de comprendre son terroir, c'est-à-dire d'observer finement le
comportement du sol dans différentes conditions. Pour cela, il faut être présent
dans les vignes, mais aussi être ouvert sur l'extérieur, mais pas seulement
par la vue. Tous les autres sens doivent être sollicités. Ensuite, il n'y a
rien à faire ou presque. Il faut agir avec douceur et sobriété, c'est-à-dire
le moins possible. C'est là que le terroir s'exprime le mieux.
Justement, pensez-vous que l’on puisse
faire un grand vin partout ? A quel prix ?
Non, un grand vin est l'apanage d'un grand
terroir. On peut faire des "bons vins" dans beaucoup d'endroits. Pour
un grand vin, c'est beaucoup plus restrictif. Mais avec un grand terroir, il
faut aussi beaucoup de travail pour produire un grand vin. Un grand vin est un
peu comme un grand sportif ; par exemple un marathonien. Il n'est pas trop
difficile de courir un marathon en 4 heures. Certains y arrivent pratiquement
sans effort car ils ont une sorte de prédisposition pour la course ; d'autres
doivent au contraire déployer beaucoup d'énergie pour ce résultat. Pour
atteindre 3 heures 30, il faut dans tous les cas plus d'effort. Certains n'y
arrivent jamais malgré beaucoup de persévérance. Par contre, pour flirter
avec les 2 heures 30, il faut avant tout une vraie disposition génétique et
beaucoup de travail. Vous l'avez compris, le vin moyen est le marathonien – 4
heures. Le bon vin est le marathonien – 3 heures 30. Par contre, le grand vin
est le marathonien -2 heures 30; dans ce cas, il n'y a que peu d'élus!
Pour terminer, quel est le vin que vous
ayez dégusté qui vous a procuré le plus de plaisir ? Etait-ce un vin
« conventionnel » ou « bio » ?
Ma plus grande émotion est venue lors de
la dégustation d’un Pontet-Canet 1929. Outre la qualité impressionnante du
vin, je n’ai pu m’empêcher de penser à l’évolution de ce domaine depuis
cette époque, ainsi qu’aux personnes qui ont contribué de façon anonyme à
l’élaborer et qui ne sont plus là depuis longtemps. La bouteille issue du
caveau du château n’avait pas bougé de la pièce depuis le début des années
30 ! Que de changements, à commencer par une guerre mondiale !
15/02/2008
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