Ferme de la Sansonnière »
Mark Angéli
Loire
Appellation :
Anjou
Biodynamie - Vinification naturelle (pas de levurage, très peu
d’interventions, très peu de SO2)
On ne présente
plus Mark Angéli. C’est certainement le seul vigneron qui revendique sa
qualité de paysan, de vrai paysan. Son domaine est une ferme. C’est celle de
la Sansonnière à Thouarcé en Anjou. Comme tout paysan, il a un cheval, des
poules, du carthame dont il fait de l’huile, des vaches pour produire son
lait, des pommes pour en extraire le jus et du blé pour faire son pain.
Sa ferme
est située stratégiquement au bas du coteau où il travaille sa vigne en
biodynamie. Des vins qui ne revendiquent plus depuis 2006 aucune appartenance à
une appellation. Bonnezeaux est pourtant tout proche et le plus célèbre vin de
Mark Angéli, son Coteau du Houet, est situé dans l’aire de cette
appellation. Mais l’huile comme ses vins n’ont d’autres composants que
ceux qui figurent sur l’étiquette. Il donne des informations qu’il estime,
lui, indispensable à l’amateur de vin. Ce qu’il veut, c’est montrer la
profonde cohérence entre un terroir connu depuis des millénaires, des cépages
adaptés qui se sont comme choisis avec la parcelle et le travail de l’homme,
qu’il est, si profondément attaché à exprimer le plus sincèrement
possible, le plus humainement ce que la terre peut dire quand elle est aimée,
préservée, chouchoutée…Cette précision est une forme d’affirmation de
son engagement de vie.
Son mentor
en biodynamie à son arrivée et son voisin maintenant s’appelle Nicolas Joly
(Coulée de Serrant). Mark Angéli, quant à lui, dans son ouvrage « Les
raisins de la colère », exprime sa profonde inquiétude pour le devenir
de la planète. On ne peut plus dire maintenant qu’on ne savait pas. On sait
très bien ce qu’il en est des effets des pesticides et des herbicides à tous
les niveaux. On ne peut séparer ce qui est un et toucher à l’équilibre
profond de la relation entre l’homme et l’univers. C’est bien cette
conscience du danger qui l’a poussé à sortir de l’appellation alors même
qu’il est profondément convaincu de la justesse du concept. Ce sont les
moines en Bourgogne au XV siècle qui, après avoir goûté la terre mélangée
à de l’eau, ont conçu la notion d’appellation. Les appellations étaient
basées au départ (en 1935) sur des rendements naturels de 30 hl/ha et
l’interdiction des désherbants et de la chaptalisation. Depuis, on a tué le
sol. Et on continue à la faire comme le montre l’enquête menée au plan
européen sur les pesticides contenus dans 40 vins issus de l’agriculture
conventionnelle. Le niveau de contamination est élevé, nettement plus que ce
qui est admis pour l’eau. Il y a urgence.
Les façons
de Mark Angéli de travailler la terre, de tailler la vigne et de vinifier vont
de pair avec une véritable exigence de transmission du savoir. Faire, dire et
former, sans hiatus de cohérence, sont ses paramètres de vie. S’il
s’affirme solidaire, c’est avec des jeunes originaires de France qui
s’installent. Pour eux, il trouve le temps, qui n’est jamais aussi grand
qu’il le voudrait pour les guider pas à pas, geste après geste pendant deux
ans, le temps d’apprendre à faire du vin et, pour cela, à percevoir
l’harmonie entre la terre, le temps et l’homme dans cette relation entre la
vigne, le vin et soi. C’est aussi pour ces jeunes vignerons que Mark Angéli a
écrit « Les raisins de la colère ». Pour les amateurs de vin et
aussi pour lui. Ce n’est pas un hasard si Mark Angéli a employé le mot de
colère. C’est pour lui un moteur d’action, sécateur en main ou stylo à la
main, mais toujours avec le souci d’être vrai, de s’engager et de ne pas
jouer à faire semblant.
Maintenant
qu’il a quitté le système des
AOC
, son souffle se fait encore plus ample et plus profond: « Je me sens
libre. Je n’ai plus de contraintes. En plus, je ne suis plus obligé de subir
l’agrément. Cet agrément qui a été refusé au vin de ma plus belle
parcelle qui fait mon meilleur blanc en Chenin par exemple. C’est difficile à
accepter. La réforme de toutes les façons porte sur la propreté et la
normalisation du matériel. Elle a pour objectif de faire apparaître l’
AOC
« sanitairement » acceptable. Et le grand vin là-dedans ?
Avoir un chai rutilant, ce n’est pas ce qu’on attend d’un grand vin ».
Chercher
à ressembler aux autres par la publicité ou la normalisation, c’est pourtant
tout le contraire de l’esprit de l’appellation. Mark Angéli fait
l’inverse pour retrouver l’essence de ce que la terre peut exprimer dans une
vraie démarche d’appellation, celle de l’origine. Cette prise de position,
qui pourrait sembler singulière et isolée, est au contraire complètement
comprise d’emblée par ses distributeurs qu’ils soient français et étrangers.
Extrait
de l'article
d'Elisabeth Poulain
Vins
distribués par La Chaume Import (04/376.65.64 – www.lachaume.eu)

|
|