Domaine de la Perrière »
Philippe PEULET
www.domainedelaperriere.com
Loire
La
Perrière, 42820 AMBIERLE
Appellation :
Côte Roannaise
Agriculture biologique non certifiée -
Vinification en levures indigènes
Créé
en 1980 par Alain Demon, le domaine est repris depuis 2003 par Philippe Peulet.
Après 18 mois de transition effectués en parfaite osmose, Philippe Peulet est
aux commandes. La tête change mais l’esprit reste : la continuité est
assurée dans les vignes avec un travail des sols, pas d’utilisation
d’insecticide et un désherbage respectueux de la vie des sols.
La
surface exploitée est de 4,9 ha composées comme suit :
-
2,2 ha de vignes de 5 à 12 ans ;
-
1,9 ha de vignes de 50 à 100 ans dont 0,75 ha plantés en 1904 ;
-
0,5 ha de vignes plantées en 2004 ;
-
0,3 ha de terres en attente de droits de plantation.
Le
projet pour l’année 2008 est de planter 0,5 ha de vigne en vin de pays pour
produire du vin blanc de cépage Viognier et ainsi diversifier l’offre des
vins. L’extension s’arrêtera à ce niveau par volonté de conserver une
dimension humaine au travail : faire moins mais faire bien, telle est la
devise à la Perrière.
Les
vendanges sont manuelles, la vinification est traditionnelle, avec le souci
permanent de respecter le raisin pour en extraire le meilleur et exprimer au
plus juste le terroir. Les techniques de l’œnologie moderne visant à
standardiser les vins sont exclues.
Les
rendements sont limités à moins de 40 hl/ha depuis 2004 ce qui donne des vins
concentrés et structurés, avec une recherche d’équilibre et de rondeur.
Seules 18500 bouteilles seront produites avec le millésime 2006. Le travail
bien fait satisfait une clientèle exigeante et fidèle, localisée
principalement à Paris et à l’exportation vers les Etats-Unis, l’Italie,
la Pologne et les Pays-Bas.
Entretien avec Philippe Peulet
Pour
commencer, qu’est-ce qui vous a décidé à vous inscrire à notre salon ?
Le
concept d’un salon qui n’est pas seulement pour faciliter les ventes mais
aussi pour défendre une certaine idée du vin qui semble la mienne : le
vin n’est pas seulement un aliment, mais il véhicule un peu de la culture
ancestrale de ceux qui le font.
Vous
avez repris récemment le domaine. Comment s’est passé la transition ?
Hyper
bien ! ! Depuis 5 ans que je connais Alain Demon, mon prédécesseur,
le chemin s’est fait en tandem les 2 premières années, et depuis c’est
plus l’amitié qui nous fait nous retrouver que la nécessité de transmission
de savoir. D’ailleurs Alain m’accompagnera sur le salon, j’aime bien
sortir le papy… Ca lui évite de trop sentir le renfermé !
« Terroir
à haut potentiel, élan de la jeunesse, fortes racines locales et volonté
politique sont les atouts qui peuvent faire de la Côte Roannaise le vignoble de
demain ». Le chemin est-il encore long ?
L’inertie
est grande dans la région, la proximité du Beaujolais et de ses techniques
standardisatrices n’arrangent rien. J’ai très peur que les exploitations
les plus fragiles ne se cassent la figure les unes après les autres et que des
vignes commencent à s’arracher. Je reste cependant optimiste car des jeunes
arrivent avec une expérience forte et une envie de bien faire en utilisant des
méthodes plus naturelles. Il faut qu’on se serre les coudes…
Qu’est-ce
que pour vous un vin de qualité ?
Que
cette notion est subjective ! Tout commence à la vigne, avec des
rendements raisonnables, en fonction de ce que le sol et le climat permettent de
produire et non en fonction de ce que le vigneron ou son conseiller inféodé à
tel ou tel marchand d’engrais ont décidé de mettre en terre. Puis, à la
cave, c’est le temps du raisin : si la vendange est belle et ramassée à
maturité, les levures du raisin vont parler et le vin se fera tout seul.
L’homme n’a qu’à accompagner cette transformation, et si quelques fois
des anomalies se produisent, à lui d’évaluer les corrections à apporter. De
toute façon, pour un vin de qualité, il y a des signent qui ne trompent pas :
la fermentation malolactique s’enclenche toute seule, il se clarifie tout
seul, il se met tout seul dans la bouteille… Non là je vais trop loin ! !
Cette
notion est-elle liée à l’AOC ? Que pensez-vous de la réforme qui est
en cours actuellement ?
Pauvre
AOC ! Elle a été pervertie, piétinée, mise en lambeaux par les
techniques de l’œnologie moderne. Un seul exemple : les levures sélectionnées
qui permettent de vinifier des vins de Côte Roannaise ou du Beaujolais avec des
levures des Côtes du Rhône. Et tout le monde viticole trouve cela très bien !
Quelle est la valeur du mot « origine » dans ces conditions ?
Je ne parle même pas de la thermovinification qui tue tout sur le raisin, qui
devient alors une matière inerte. La réforme pourrait arranger les choses,
mais tout dépendra de ce qui sera décidé dans les organismes de défense et
de gestion. Dans certaines régions, le négoce est en train d’imposer sa loi
du marché et des volumes. Je suis assez pessimiste. La preuve, suite à un
refus à l’agrément sur les 2006, j’ai décidé de ne faire que du vin de
pays pour mes vins rouge de 2007.
Votre
décision de ne plus présenter vos vins à l’agrément et de les passer en
vin de pays est elle irrévocable ?
J’ai
gagné un espace de liberté et des nuits de sommeil durant tout cet hiver. Pour
l’instant je ne souhaite pas faire machine arrière. Mais j’ai quand même
présenté et obtenu l’agrément en AOC pour le rosé, simplement pour montrer
à mes collègues que l’AOC est importante à mes yeux, mais pas de la façon
avec laquelle elle est revendiquée et défendue actuellement dans mon
appellation.
Comment
qualifieriez-vous les vins de votre production ?
Des
vins faits pour être bus… et pour y revenir ! J’aime les vins que
l’on boit sans fin, à la régalade. Des vins avec de la matière mais surtout
de l’équilibre. 2007 était difficile en cela car la maturité ne venait pas
facilement, il a fallu être patient et attendre le bon moment pour les
vendanges.
La
culture biologique/biodynamique, comment en êtes-vous arrivé à cette réflexion ?
Est-ce pour vous une contrainte de marché ou vous ne vous fiez qu’à vos
convictions ?
La
bio et la biodynamie sont des objectifs lointains pour l’instant. Et sur un
millésime comme 2007 ils auraient été difficiles à réaliser… Je
m’inspire de beaucoup de principes divers comme une mise en bouteilles un jour
fruit du calendrier lunaire, le purin d’ortie (chut, c’est interdit !)
en accompagnement des traitements anti-mildiou et oïdium, l’enherbement total
sur les vignes larges, etc… Je puise à droite et à gauche les points qui me
semblent pouvoir s’adapter à mon cas particulier mais je n’ai pas de dogme
précis. Ce qui n’enlève rien au fait que je respecte beaucoup les bio et
surtout les biodynamistes, mais j’en suis là aujourd’hui.
La
certification, êtes-vous pour ou contre ? Est-elle pour vous une fin en
soi ?
A
part le logo AB, la grande majorité du public ne connaît rien à tout cela.
Cela concerne surtout une minorité d’amateurs et de spécialistes. Je crois
surtout qu’il faut avant tout adhérer totalement à une démarche pour la
revendiquer : un vigneron bio pur et dur qui achèterait régulièrement
des tomates en plein hiver pour sa consommation personnelle, il y a une incohérence
que j’aurais du mal à comprendre (je ne vise personne en particulier).
Comment
ces méthodes sont-elles appliquées à votre domaine ?
Je
crois avoir répondu plus haut, mais tout cela est encore un peu anarchique. On
travaille et on va progresser…
Avec
qui avez-vous des affinités parmi les vignerons présents au salon ?
Partagent-ils la même vision que vous du vin et des méthodes de culture et de
vinification ?
Je
ne connais Yvonne Hegoburu que par Mondovino, mais j’ai eu l’occasion de goûter
un Jurançon 2004 ( ?) de cette « sage » : moment magique
de dégustation d’un vin tout en équilibre, en minéralité et en tension,
avec certainement une belle richesse en sucres mais tellement d’équilibre !
Je connais aussi Marc Parcé par les écrits et les interventions de Sève
(bravo pour le courage et l’énergie !) et par les vins de La Rectorie et
de la Préceptorie : Zoé 2004 est un petit bonheur en bouteilles.
Terroir
et vins de terroir, des notions peu compréhensibles pour la plupart des
amateurs de vins. Pouvez-vous nous en parler brièvement ? Comment
faites-vous pour retranscrire l’expression de chaque terroir dans le verre ?
Pour
définir le terroir on peut prendre la définition classique : l’adéquation
terre, vigne, climat et homme. Je préfère simplement parler des vins qui en
sont issus et reprendre la définition de Claude Bourguignon lors de l’assemblée
générale de Sève à Angers en 2006 qui parlait « de cette pointe de minéralité
qui persiste en fond de bouche après avoir avalé le vin ».
Que
pensez-vous des différents guides tels que le guide de la Revue du Vin de
France, le guide Hachette… ? Envoyez-vous vos échantillons ? Sinon,
pour quelles raisons ?
Je
n’envoie plus d’échantillons pour le guide Hachette car les vins de la Côte
Roannaise sont dégustés par les vignerons du Beaujolais avec les critères
dominants en Beaujolais (goût standard, noir comme de l’encre, arômes cassis
et banane). Je me réfère par contre souvent au guide de la RVF en tant que
consommateur pour en savoir plus sur un vigneron ou tel vin. Je pense que c'est
un guide qui n’est pas parfait mais qui est honnête.
Pour
terminer, quel est le vin que vous ayez dégusté qui vous a procuré le plus de
plaisir ? Etait-ce un vin conventionnel ou « bio » ?
En
choisir un est difficile car j’ai souvent l’occasion de déguster. Je
pourrais évoquer une dégustation au Clos Rougeard avec Nady Foucault, où tout
est tellement époustouflant. Mais je choisirai le Petit Chablis 2005 de Stéphane
Moreau du Domaine Moreau-Naudet. Culture conventionnelle quant aux traitements,
sols travaillés depuis longtemps, vignes soignées comme un premier cru. Vin
simple mais opulent, généreux, avec une trame acide qui rafraîchit la bouche.
Comme la bouteille a été vite terminée à 3, nous avons ressenti l’appel du
« reviens-y » , et nous en avons ouvert une deuxième. Le
plaisir du vin est lié aussi aux gens avec qui on le partage.
10/02/2008
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