Château Lassolle »
Stéphanie ROUSSEL
Sud-Ouest
Château
Lassolle, 47250 ROMESTAING
Appellation :
Côtes du Marmandais
Biodynamie
en cours de certification - Vinification en levures indigènes, sans collage ni
filtration
Stéphanie a acquis son domaine en 2002. Ce
dernier est complanté par de vieilles vignes (1947/1960) avec des cépages
traditionnels du Marmandais et du Sud-Ouest (Abouriou, Cot, Fer, Syrah, Cabernet
Franc, Cabernet Sauvignon et Merlot). Ses vins sont issus d’une vigne
cultivée de manière naturelle. Elle n’utilise ni désherbant, ni engrais
chimique, ni pesticide de synthèse. Dans les vignes comme dans les chais,
l’emploi des machines est réduit à son minimum.
Sa philosophie : respect du terroir et de sa
typicité, prise en compte de l’équilibre biologique de la vie des sols
favorisant l’écosystème naturel, et, enfin, réduction des rendements au
profit de la qualité. Au chai, elle utilise ses propres levures et bien sûr
pas d’enzymes ou autres produits qui détruisent la vie du vin.
Enfin, depuis 2003, elle tente la belle aventure
de la culture en biodynamie… les vignes changent, les vins aussi…
Entretien avec Stéphanie Roussel
Pour
commencer, qu’est-ce qui vous a décidé à vous inscrire à notre salon ?
J’ai décidé
de participer à votre manifestation car mes vins ne sont pas encore connus en
Belgique, et comme « L’Homme est un animal social », il se lie en
fonction de ses propres affinités. En effet, la majorité des vignerons présents
à votre salon, sont des vignerons qui travaillent dans le même esprit que le
mien. Ils élèvent leurs vins dans le respect du terroir et c’est ce dernier
qu’ils veulent mettre dans leurs bouteilles !!!! Tout ceci au mépris des
lois productivistes qui régissent le monde actuellement. Cette notion de
respect de la terre qui nous nourrit ainsi que le respect du consommateur,
s’avère primordiale à mes yeux.
Qu’est-ce
que pour vous un vin de qualité ?
La qualité
est étroitement liée au terroir, les critères sont variés (orientation des
cultures, vents dominants, végétation environnantes, date de plantation des
vignes, méthode de travail des sols, microorganismes qui y vivent…). Nos
anciens avaient identifié la majorité des grands terroirs qui composent notre
vieille Europe, et ils produisaient des vins magnifiques et sans maquillage
(produits, levures, enzymes, arômes chimiques, procédés technologiques de
pointe…). Donc un vin de qualité, c’est d’abord du bon raisin, sain, qui
permet de définir au mieux le terroir sur lequel il est planté. Je vois le
vigneron comme un chef d’orchestre, c’est-à-dire qu’il dirige son travail
dans les vignes et sa vinification en fonction de sa connaissance du domaine, de
ses propres sensations, de sa culture, de sa personnalité, du millésime…
avec des interventions à propos et « naturelles » qui feront
ressortir son esprit et celui de ses raisins. Et c’est là
qu’intervient la notion de définition du vin.
Pensez-vous
que les méthodes « bios » peuvent apporter une solution à la crise
que subit actuellement le vignoble français et à fortiori celui du Marmandais ?
Un vin doit
exprimer une identité de terroir, ce que prônaient les AOC d’autrefois.
Aujourd’hui, les mœurs ont profondément changés, les AOC et le marché
aussi, ce serait utopique de penser que le bio, le nature… puissent être une
réponse globale à la crise viticole, c’est une des réponses… mais le
chemin est long, et tous les acteurs du monde viticole ne sont pas prêts à
changer (grand nombre de nos vins sont refusés aux AOC, le coût de la main
d’œuvre en France et ailleurs ne cesse d’augmenter, la notion de valeur
ajoutée du produit tient plus du marketing, de la technologie, que de la définition
propre du vin ; les multinationales dominent le marché et imposent leurs
idées…). On propose au consommateur des vins caractérisés par l’uniformité ;
des vins de cépages venant des plantes, et non plus des sols, du terroir.
Comment
qualifieriez-vous les vins de votre production ?
Mes vins sont
sincères, issus d’un sol vivant, élaborés en cave avec peu
d’interventions humaine et mécanique. Je suis profondément attachée à ma
terre, et j’essaie de le traduire le plus simplement du monde, en respectant
la typicité des sols de mon domaine et de ma région, et en favorisant l’écosystème
naturel. J’élabore des vins de garde et d’autres plus simples à picoler
entres copains ou seul…
Vous
cultivez du sauvignon gris, ce n’est pas un cépage très répandu. Quelles
sont ses principales caractéristiques ?
Je possède en
effet une petite parcelle de vieux Sauvignons Gris ; un cépage qui se raréfie
dans notre région. Les baies à maturité sont roses et délicieuses si bien
que je dois ruser pour que mes vendangeurs ne me mangent pas la moitié de la récolte.
C’est un cépage délicat qu’il faut mener avec beaucoup d’attention. Il
n’est pas spécialement fragile aux attaques cryptogamiques, mais il faut le
suivre de très prêt avant la récolte ; car travailler avec lui sur des
faibles rendements implique des montées en sucres des baies très rapides, à
un ou deux jours prêt comme je veux faire des vins secs (ou presque), le vin
peut devenir trop lourd en sucre, riche en alcool… et donc perdre son équilibre
et son fruit.
La
culture biologique/biodynamique, comment en êtes-vous arrivé à cette réflexion ?
Est-ce pour vous une contrainte de marché ou vous ne vous fiez qu’à vos
convictions ?
J’en suis
venue à la culture en biodynamie de façon très pragmatique. D’abord la
grande majorité des vins qui m’ont émus (domaine Leroy en Bourgogne, la
Romanée Conti, domaine Leflaive… et d’autres en France et en Italie et
ailleurs) sont des vins issus d’une culture en biodynamie, il me semble que la
pureté et la minéralité de ces grands vins s’expriment à merveille. Pour
moi, il y a donc un lien très étroit entre le mode de culture et la qualité
intrinsèque du produit. De même, on a plusieurs style de vin : celui qui
se déguste et celui que l’on picole avec plaisir… et dans la 2ème catégorie «
la picole » il n’y a pas photo, les vins naturels offrent beaucoup plus
de plaisir immédiat : ils sont vivants, vrais et la dégustation de ces
vins parle d’elle même !!!! Enfin le lien essentiel entre tous ces vins
est bien sûr : le respect de l’environnement, de la vie, et du
consommateur. Pour moi, ce mode de culture s’avère naturel, il s’impose
simplement sur un plan éthique et personnel comme une certitude.
Comment
ces méthodes (bio…) sont-elles appliquées à votre domaine ?
Depuis
quelques années, j’observe, dans ma propriété, le changement sur la vie de
la plante, du sol et de l’écosystème environnant : c’est étonnant !!!
Je n’imaginais pas cultiver la vigne d’une autre façon quand j’ai pris
cette petite propriété en 2002. Avec beaucoup de travail et un peu de recul,
je me rends compte que j’avais raison. La plus belle preuve : les anciens
du village dans lequel je vis me prenaient pour une illuminée lorsque je me
suis installée mais aujourd’hui ils me respectent (c’est eux et leurs
parents qui ont planté les vignes de mon domaine) et il sont fiers de voir de
l’herbe et des fleurs et de nombreux petits animaux au cœur des vignes. En
matière d’agriculture, la méthode conventionnelle est à bout de souffle
(voir les études de Claude Bourguignon à ce sujet…). En quelques décennies,
les produits chimiques et autres ont éteints les sols. La vigne est nourrie par
le haut, il n’y a plus d’enracinement profond. Notre agriculture bio,
naturelle, biodynamique… redonne vie au sol, renforce les défenses de la
plante et favorise la relation ciel, terre, sous-sol. Elle permet de dégager de
l’énergie que l’on retrouve souvent dans nos vins d’ailleurs !!!
L’effet millésime s’en trouve renforcé.
Quelles
sont vos réactions par rapport à la presse en général qui voit dans les vins
bios, naturels ou sans soufre un effet de mode et qui remettent en cause
les méthodes employées par les viticulteurs « bios » pour lutter
contre les maladies ?
Bien sur la
presse n’est pas entièrement convaincue, d’autant plus que quelques
fraudeurs appâtés par le gain se mettent dans les rangs en croyant faire
fortune sur l’image « trendy » du bio… alors que rien n’est si
simple et que Dame Nature reste la grande maîtresse.
30/11/2007
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