Domaine Pierre Frick »
Jean-Pierre et Chantal FRICK
www.pierrefrick.com
Alsace
5
rue de Baer, 68250 PFAFFENHEIM
Appellations :
AOC Alsace - AOC Crémant d’Alsace - AOC Alsace Grands Crus Steinert,
Vorbourg, Eichberg - AOC Alsace Vendanges Tardives et Sélections de Grains
Nobles
Biodynamie depuis 1981 (en bio
depuis 1970) - Marque DEMETER - Certification par ECOCERT
Le
Domaine familial (trois membres de la famille) soigne 12 ha de vignes avec
l’aide de 2 salariés à temps plein et 18 employés saisonniers pendant les 4
à 5 semaines de cueillette manuelle du raisin. Ces créations de postes de
travail, bien plus importantes en culture biologique, sont, pour la famille
Frick, une grande satisfaction sur le plan social. Elles permettent à plus
d’humains d’avoir encore un contact avec la terre et des liens sociaux, et
ceci dans des conditions de travail valorisantes.
Le
domaine maintient et améliore la qualité du terroir et des vignes cultivées
en biodynamie (pas de recours à la chimie, utilisations de préparations homéopathiques...).
La biodynamie permet d’augmenter les forces vitales dans le sol, les plantes
et les fruits et donc de les transmettre aux êtres vivants qui les consomment.
Les vinifications sur des jus mûrs et équilibrés, issus de petits rendements,
ne nécessitent aucun « bricolage œnologique ». Chaque parcelle
exprime dans son vin authentique et sain, l’équilibre initial né du terroir,
du millésime et des soins apportés à la vigne, et non un standard rassurant
identique d’une année à l’autre.
Ils
commercialisent directement chaque bouteille produite, sans avoir recours au négoce
pour vendre des cuvées qui plairaient moins. Aucun raisin extérieur au domaine
n'est acheté.
Ils élèvent des vins culturels, qui
donnent au dégustateur un lien réel avec le paysage, les vignes, les foudres
de chêne et bien sûr les humains, qui ont contribué à l’ouvrage. Ces vins
sont une source de joie, d’énergie et de créativité pour le dégustateur,
qui finalise l’œuvre du viticulteur, dans le sens où il choisit le vin, l’écoute,
lui prépare les conditions idéales de dégustation et d’association avec les
mets. Même après une grande dégustation de leurs vins en soirée, les
lendemains ne déchantent jamais.
Entretien avec Chantal Frick
Pour commencer,
qu’est-ce qui vous a décidé à vous inscrire à notre salon ?
Les organisateurs
du Salon mettent en avant leur attachement pour le vin naturel. Au-delà du
travail effectué à la vigne, nous devons communiquer sur ce qui se passe en
cave. Cet aspect échappe le plus souvent à l’amateur de vins, qui n’a pas
droit à l’information juste, parce que les mentions sur l’étiquette sont légalement
insuffisantes.
Faire du vin
naturel, est-ce donné à tout le monde ?
Le préalable du
vin naturel, c’est un jus de raisin équilibré, ce qui implique une bonne
gestion de la santé de la vigne et de la vitalité du sol. Ceci exclut les gros
rendements, évidemment.
« Dire ce
que l’on fait, faire ce que l’on dit », mythe ou réalité ?
Ce n’est pas un
mythe, mais attention, l’amateur de vins doit aussi approfondir et apprendre
des bases, pour comprendre de quoi parle le viticulteur. Tout n’est pas à
sens unique.
Vous élaborez
certaines cuvées que vous qualifiez sur les bouteilles de « vin
biologique ». Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
La définition
d’un « vin biologique » : jus de raisin fermenté, sans
additif. Dans notre cave, tous les ans, deux à trois cuvées sont élevées et
mises en bouteilles sans ajout de soufre (seul additif que nous nous autorisons
dans les vins). Ces cuvées-là répondent à cette définition et nous marquons
sur l’étiquette : VIN BIOLOGIQUE VINIFIE SANS SOUFRE
Buvez-vous
parfois des vins qui ne sont pas « bios », « naturels »
ou sans soufre ?
Nous goûtons
toutes sortes de vins, des plus « surnaturels » au plus
technologiques. C’est extraordinaire de vérifier à chaque fois les différences
de vitalité, de personnalité, de caractère, de standards… C’est important
d’imaginer par quel chemin vinique des personnes complètement étrangères au
vin pourront peu à peu aimer un vin naturel de terroir. En démarrant du coca
cola, ils passeront par les vins les plus standardisés, jusqu’à ce qu’ils
s’ennuient à mourir et alors... ils trouveront passionnants les vins naturels
de terroir.
Comment
qualifieriez-vous les vins de votre production ?
30 cuvées différentes
vinifiées chaque année - 8 cépages en Cuvées Classiques ou en Cuvées Précieuses
- 3 terroirs classés Grands Crus : Steinert, Vorbourg, Eichberg - 2 à 3
cuvées par an vinifiées sans soufre – Vendanges Tardives – Sélections de
Grains Nobles – Crémant – Sylvaner moelleux et Blancs de Noir. Nous élevons
un éventail très large de cuvées, qui ouvrent un énorme champ de possibilités
d’associations mets-vins, de dégustations méditatives, de découvertes très
pédagogiques aussi. Par exemple nous faisons déguster un Riesling 2002 Rot
Murlé élevé sans soufre pendant 20 mois, dont une partie a été légèrement
sulfitée à la mise en bouteille, alors que l’autre partie est mise sans
soufre. Nos vins ne sont pas des œuvres figées, une fois mises en bouteilles.
Ils continuent à vivre, se sentent même souvent à l’étroit dans leurs
fioles. Nous aimons à dire que les amateurs de vins ont aussi leur rôle à
jouer pour finaliser notre travail. C’est à eux de sentir quand il faut ou
non aérer un vin avant de le déguster. S’ils ne veulent pas prendre le temps
avec nos vins, mieux vaut reporter à plus tard. Déguster les vins doit être
une vraie cérémonie, qui ne se bâcle pas. Ces vins ont beaucoup à «
raconter » dans un verre, dans la durée. Sinon à quoi bon avoir passé
tant de temps aux soins de la vigne et à la cueillette manuelle du raisin.
La culture
biologique/biodynamique, comment en êtes-vous arrivé à cette réflexion ?
Nous avons commencé
la culture biologique en 1970. A l’époque deux pionniers existaient en
Alsace. L’un d’eux avait eu préalablement à la conversion un grand problème
de santé à cause des pesticides. Les risques pour la santé et la pollution de
l’environnement liés à l’agriculture « chimique » ont été un
moteur de départ de notre passage à la culture biologique. Puis la découverte
de l’anthroposophie avec ses applications dans le domaine de la médecine
(c’est notre façon de nous soigner) et de la pédagogie (nos enfants ont fait
leur scolarité dans une école appliquant la pédagogie de Rudolf Steiner à
Colmar), nous ont naturellement amenés à nous intéresser aux réalisations en
agriculture. Nous avons débuté les applications dans les vignes en 1981, et
avons vite observé des grandes améliorations dans l’équilibre des vignes,
et par conséquent moins de problèmes de maladies.
Est-ce pour vous
une contrainte de marché ou vous ne vous fiez qu’à vos convictions ?
Nous avons toujours
eu confiance dans le soutien d’une clientèle qui se reconnaît dans notre
travail et dans notre recherche, et qui trouve du plaisir à déguster nos vins.
Nous ne voudrions pas travailler autrement qu’en biodynamie. Si un jour nous
ne trouvons plus de clientèle qui partage nos convictions et achète notre vin,
nous arrêterons notre métier.
La
certification, êtes-vous pour ou contre ? Est-elle pour vous une fin en
soi ?
La certification
est très importante, mais il n’est pas juste que le producteur la paie. Les
agriculteurs qui travaillent « en chimie » polluent gratuitement,
sans avoir de comptes à rendre. Alors qu’un producteur certifié bio doit
payer pour prouver qu’il ne pollue pas. C’est quand même extraordinaire une
injustice pareille. Si la certification était gratuite, beaucoup de petits
producteurs accepteraient le contrôle, ce que nous trouvons plus clair pour le
consommateur. Nous y tenons. Après il y a certainement des améliorations à
faire dans les procédures des contrôles. Ça c’est une autre question.
Quelles sont vos
réactions par rapport à la presse en général qui voit dans les vins bios,
naturels ou sans soufre un effet de mode et qui remettent en cause les méthodes
employées par les viticulteurs « bios » pour lutter contre les
maladies ?
La presse a une
liberté très limitée. Elle est muselée par les grands groupes
pharmaco-chimiques qui en sont les actionnaires essentiels. Alors que peut-on
attendre d’autre que des coups bas contre ceux qui préconisent l’autonomie
de la viticulture par rapport à toute consommation de chimie de synthèse.
Terroir et vins
de terroir, des notions peu compréhensibles pour la plupart des amateurs de
vins. Pouvez-vous nous en parler brièvement ? Comment faites-vous pour
retranscrire l’expression de chaque terroir dans le verre ?
Une vigne bien
installée, qui ne reçoit pas d’engrais chimique solubles et qui est labourée,
s’enracine à une dizaine de mètres de profondeur après 7 ans environ. Il
est évident que les racines vont puiser dans les profondeurs une minéralité
spécifique au terroir. Nous recherchons précisément cette minéralité dans
le vin. Elle s’exprime d’autant plus que les rendements sont limités.
Pendant l’élevage et pendant le vieillissement en bouteilles, cette
composante du vin ressort de plus en plus et couvre peu à peu les caractères
liés au cépage.
Les vins
« bios » souffrent ils d’un problème d’image ? Selon vous,
quelles sont les raisons qui ont amené à ce constat ?
On a pu trouver
dans le passé des vins issus de culture biologique qui n’étaient pas
toujours très engageants, il faut l’avouer. La raison était simple. Certains
pionniers étaient trop pris par le travail de la vigne, ils ne recevaient
aucune subvention, aucun support technique, ils étaient seuls à prendre le
risque des pertes de récolte. Alors le travail en cave pouvait souffrir d’un
manque de disponibilité du viticulteur.
En quoi les méthodes
« bios » peuvent-elles apporter une solution à la crise que subit
actuellement le vignoble français ?
Les différents
Terroirs viticoles de France (je ne parle pas des surfaces à production de
masse, qui devraient être cultivées en céréales !!!) devraient être
classés comme patrimoine de l’humanité. Ils sont le résultat du travail de
plusieurs générations d’hommes passionnés. La culture bio est la solution
pour que la vigne exprime son terroir. C’est ce type de vin qui fait la différence
à des productions de masse de vins de cépages. En plus la viticulture bio est
pourvoyeuse d’emplois. Il faut une volonté politique pour que les aides aux
conversions soient plus conséquentes. Après, la commercialisation doit suivre
et là encore il faut rétablir une information juste (la politique de la France
est anti-vin) sur le vin de qualité, qui est une boissons de santé.
Pour terminer,
quel est le vin que vous ayez dégusté qui vous a procuré le plus de plaisir ?
Etait-ce un vin conventionnel ou « bio » ?
Les vins naturels
sont riches de multiples facettes qui se dévoilent au cours de la dégustation.
Ils n’ont peut-être pas le bénéfice du tape à l’œil, sur lequel sont
basés de nombreux vins conventionnels, mais ils offrent de l’inattendu et de
la surprise. Ils bougent et nous font bouger. Ils ont une dimension supplémentaire.
Bref, on ne s’ennuie pas. En plus, lorsqu’on en déguste une bouteille un
soir, les lendemains ne déchantent pas. Ce vécu-là, il y a peu de chance de
l’avoir avec un vin conventionnel !
16/11/2007
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